Avec le sang des autres (Renault, 1974)

Résumé

Une descente aux enfers. La chaîne chez Peugeot. Son direct et image simple, assourdissante image.

C’est là l’essentiel de l’empire Peugeot : l’exploitation à outrance du travail humain ; et en dehors, cela continue. Ville, magasins, supermarchés, bus, distractions, vacances, logement, la ville elle-même : horizon Peugeot.

On parcourt le circuit, tout est ramené à la famille Peugeot.

Courrier

https://www.disparaissezlesouvriers.fr/le-sang-des-autres

Associer le film de Bruno Muel AVEC LE SANG DES AUTRES à la sortie de DISPARAISSEZ LES OUVRIERS! est une façon pour ISKRA tout en pointant la permanence de ses choix de production, d’offrir l’opportunité d’une mise en perspective qui ouvre un gouffre de réflexion.

Usine en 1974 au temps du plein emploi chez Peugeot à Sochaux, usine en 2009 au temps des délocalisations et des faillites frauduleuses chez Legré Mante à Marseille, violence du travail à la chaîne ou violence de la peur du chômage et de l’injustice de classes, mais violence toujours dans une parole tout simplement admirable, celle de ces ouvriers que l’on entend finalement si peu.

Le 22 février 2012, Bruno Muel nous a adressé ce courrier

Chère Viviane,

Je t’ai déjà dit que Disparaissez les ouvriers ! m’avait beaucoup touché. Je suis toujours sensible à la relation forte entre filmeurs et filmés. Ici, elle est palpable et c’est la première qualité du film. Cette poignée d’ouvriers oubliés dans cette usine presque écroulée et qui continuent à se battent contre un ennemi insaisissable me rappelle l’histoire de ces fameux « marins perdus » sur leur bateau à quai abandonné par l’armateur à Marseille, pas loin de là.

On pourrait dire de ces histoires qu’elles sont des cas marginaux. Mais c’est justement la question : il y a de plus en plus de cas marginaux.

J’ai d’abord été étonné quand vous autres à Iskra, vous m’avez proposé d’associer à cette sortie «Avec le sang des autres». Est-ce que ce n’était pas un peu paradoxal ce rapprochement avec un film vieux de quarante ans, tourné dans une période de plein emploi dans la plus grande usine de France (elle employait alors 40.000 travailleurs) ?

Cependant, à mieux y penser, ce rapprochement me semble juste car ces films traitent tous les deux de la violence. C’est ce que j’ai toujours mis en avant en présentant Avec le sang des autres : plus encore qu’un film sur les conditions de travail, c’est un film sur la violence.

C’est comme une leçon d’histoire, très sombre, où on voit les années passer et rien ne s’arranger pour la classe ouvrière, au contraire. Ça peut donner envie de se battre.

Amitiés,

Bruno Muel