Bernard Lazare (15 juin 1865 - 1er septembre 1903)

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Présentation

Lazare Bernard, dit Bernard Lazare, né à Nîmes (Gard) le 15 juin 1865 et mort à Paris le 1er septembre 1903, est un critique littéraire, journaliste politique (il couvre les événements de la mine de Carmaux, il dénonce les crimes contre les Arméniens), anarchiste et polémiste français.

Il fut le premier des dreyfusards.

Jeunesse

En 1888 il écrit, avec Ephraïm Mikhaël, La Fiancée de Corinthe, légende dramatique en trois actes, où apparaît son nom de plume : Bernard Lazare. Deux ans plus tard, Ephraïm Mikhaël meurt de tuberculose. Ce deuil marque tragiquement la fin de la jeunesse de Lazare.

C’est aussi vers cette période qu’il s’engage en anarchie, un engagement actif, bien qu’il n’ait jamais cautionné « l’Action directe ». Mais il soutiendra toujours les idées et les « compagnons », qu’il aidera à financer leurs publications et qu’il soutiendra lors de leurs procès.

C’est en anarchiste qu’il rédige une série de nouvelles pour les journaux, nouvelles qui feront l’objet de plusieurs recueils.

C’est en anarchiste qu’il est critique littéraire et, qu’à l’été 1895, il couvre pour l’Écho de Paris la douloureuse révolte des ouvriers de Carmaux. Journaliste dans l’âme, il assiste en 1896 au Congrès Socialiste de Londres et dénonce « l’autoritaire et jaloux Karl Marx, infidèle à son propre programme que l’Internationale dévia de son but ».

Affaire Dreyfus

Il ne se préoccupe pas moins de cette question juive, dont Édouard Drumont fait désormais son fonds de commerce. Dès 1892, il est en contact avec Ahad HaAm, l’un des pères du mouvement des Amants de Sion.

Au printemps 1894, il publie L’Antisémitisme, son histoire et ses causes, une étude érudite et critique des origines de l’antisémitisme.

Cette parution a lieu à quelques mois de l’arrestation et de la détention d’un capitaine juif, Alfred Dreyfus, accusé de trahison. Connu pour sa combativité et son courage (qui l’amènent même à vouloir se confronter directement à Édouard Drumont1), Bernard Lazare est contacté par Mathieu Dreyfus pour contribuer à faire éclater l’innocence de son frère Alfred.

C’est un électrochoc. Bernard Lazare va se consacrer presque exclusivement à cette tâche ; il publie son premier mémoire L’Affaire Dreyfus – Une erreur judiciaire en Belgique début novembre 1896 ; en fait, c’est la refonte totale du texte qu’il avait écrit à la demande de Mathieu dès l’été 1895. Se fondant sur un article de L’Éclair du 15 septembre 1896 révélant l’illégalité du procès de 1894, Lazare démontait l’accusation point par point et demandait la révision. Cette tactique est sans doute plus conforme aux désirs de la famille Dreyfus. Car dans sa première version, il attaquait les coupables, les accusant les uns après les autres, et terminait en embrayant sur une litanie de « J’accuse ! » qu’il donnera, un peu plus de deux ans plus tard, à Émile Zola qui la fera passer à la postérité » 2.

À travers ce voyage au bout de l’antisémitisme, Lazare, de juif nationaliste français qu’il était, devient nationaliste juif, sans rien renier de ses engagements anarchistes. Il fera un bout de chemin avec Theodor Herzl, les deux hommes éprouvant l’un pour l’autre une grande estime. Mais il se séparera de Herzl, en désaccord avec un projet dont il désapprouve « les tendances, les procédés et les actes ».

« Vous êtes — écrit-il en avril 1899 à Herzl, et à travers lui au Comité d’action sioniste — des bourgeois de pensée, des bourgeois de sentiment, des bourgeois d’idées, des bourgeois de conception sociale »

Postérité

Pour Jean-Marie Delmaire, la gloire du J’Accuse est revenue au seul Zola et on a rapidement oublié Bernard Lazare.

Sans doute parce que s’il était « efficace, (il était) marginal partout où il s’agitait ».

À Paris, dans le 3e arrondissement à l’angle des rues Turbigo et Volta, une place Bernard Lazare a été inaugurée par le maire de Paris Bertrand Delanoë le 15 juin 2005.

Toujours à Paris, le Cercle Bernard-Lazare, créé en 1954, est une organisation sioniste-socialiste, liée à l’Hachomer Hatzaïr et au parti Meretz en Israël.