Stig Dagerman (1923-1954)

../../../_images/stig_dagerman.png

Photo de Stig Dagerman dans les locaux du journal `Arbetaren` de la SAC à Stockholm

Stig Dagerman est un écrivain et journaliste suédois né le 5 octobre 1923 à Älvkarleby et mort le 4 novembre 1954 à Danderyd.

Biographie

Enfant naturel d’un père ouvrier, il est élevé par ses grands-parents à la campagne. Il arrive à Stockholm en 1932 pour vivre avec son père et finir ses études.

Dagerman commence sa carrière littéraire en 1941, comme journaliste pour des journaux syndicaux où il s’occupe de la section culturelle.

En août 1943, il épouse Annemarie Götze, fille de réfugiés allemands, pour qu’elle puisse bénéficier de la nationalité suédoise et rester en Suède, son père, militant anarcho-syndicaliste, étant recherché en Allemagne.

Des relations entre Annemarie et Stig, on ne sait pas beaucoup plus. Ce mariage était-il strictement humanitaire ? Le fait est que le recueil de chroniques Automne allemand (Tysk Höst), ayant pour toile de fond l’après-guerre tragique de l’Allemagne, est dédié à Annemarie.

En 1945, la parution de son premier roman, Le Serpent (Ormen), le consacre comme le porte-drapeau de la nouvelle vague littéraire suédoise.

En 1946-1947, il est envoyé en Allemagne année 1 pour constater les dégâts des bombardements et témoigner pour son journal de la misère et de la pauvreté qui y règnent.

Anarchiste engagé, Stig Dagerman ne se lance pas dans des discours moralisateurs contre le nazisme ou de faciles c’est bien fait pour vous. Il rentre dans les caves inondées où vivent les rescapés de la tragédie nazie, témoigne des conditions infernales, de la famine, de la haine et de la souffrance, sans pour autant oublier l’horreur d’hier.

Romans et succès littéraires se succèdent pendant quatre ans.

A contretemps N°12 (2001)

En guise de présentation

C ’EST plutôt tardivement et assez modestement que la presse libertaire de langue française s’est intéressée à Stig Dagerman (1923-1954), écrivain anarchiste suédois.

Il a même fallu attendre la récente réédition, chez Agone, de l’Île des condamnés et la publication, chez le même vaillant éditeur, de la Dictature du chagrin et autres écrits politiques (1945-1950) pour que, de-ci de-là, l’on commence à s’intéresser à lui et à parcourir son œuvre.

Dagerman, c’est vrai, fut tout le contraire d’un propagandiste, plutôt un anarchiste existentiel trop enclin au doute et à la lucidité pour se satisfaire d’un catéchisme, fût-il libertaire. Du côté de la critique littéraire dite grand public, de même, il arriva qu’on louât le talent brouillon du Suédois, mais un peu du bout de la plume, en lui octroyant un statut de camusien nordique tout juste bon à alimenter quelques courtes chroniques où son anarchisme était systématiquement passé sous silence.

En bref, pendant longtemps, Dagerman ne fut certes pas un écrivain maudit, mais simplement un auteur mal compris.

A l’origine de ce douzième numéro d’A contretemps, il y a certainement l’idée de revendiquer Dagerman comme écrivain majeur et comme anarchiste conséquent.

Il y a l’envie, aussi, de nous situer, modestement, dans la lignée d’un remarquable numéro – aujourd’hui épuisé – que la non moins remarquable revue Plein Chant lui consacra, en 1986.

Plus de quinze ans après, nous avons souhaité mettre nos pas dans ces traces et poursuivre ce voyage renseigné dans l’univers dagermanien.

Pour ce faire, notre chance fut sans doute de bénéficier du même arpenteur que Plein Chant, Philippe Bouquet, un des meilleurs traducteurs et connaisseurs de Dagerman.

La rencontre fut chaleureuse et fructueuse. Que l’ami Philippe Bouquet soit ici remercié pour les précieux conseils qu’il nous a prodigués, pour le long et passionnant entretien qu’il nous a accordé et pour les trois études qu’il nous a données. Deux d’entre elles – Stig Dagerman, enfant brûlé et Stig Dagerman et l’anarchisme – sont des rééditions de textes épuisés ou difficiles à trouver.

La troisième – Modernité et actualité de Dagerman – est inédite.

On lira, par ailleurs, au gré de ces pages, Dagerman, une vie **, Freddy Gomez, une lecture critique de l’ouvrage Stig Dagerman ou l’innocence préservée, une biographie que Georges Ueberschlag a récemment consacrée à l’auteur du Serpent, et un extrait d’une étude de Tom Karlsson – **Ecriture, pathologie et anarchisme. La traduction de ce texte, inédit en français, est de Philippe Bouquet.

Dagerman milita dans les rangs de la Sveriges Arbetares Centralorganisation (SAC), organisation syndicaliste révolutionnaire suédoise, et fut rédacteur des pages culturelles de son quotidien, Arbetaren.

Pour tenter de comprendre un peu mieux ce mouvement, on lira un bel article que Louis Mercier lui consacra, dans la Révolution prolétarienne, en 1960, pour le cinquantenaire de sa fondation, agrémenté de quelques nécessaires repères historiques dus à l’ami Thierry Porré.

Enfin, ce numéro – complété d’une bibliographie des ouvrages en langue française de Dagerman – se clôt sur L’homme qui va bientôt mourir – reproduit ici dans la traduction de Philippe Bouquet – indiquant fort bien, selon nous, toute la valeur de son talent d’écrivain.