L’enjeu du salaire La Dispute, 8 mars 2012

Description

La souveraineté populaire doit être défendue.

Patronat et banquiers pratiquent le chantage à l’emploi et à la dette pour réduire les droits sociaux.

Les gouvernants de droite et de gauche, loin de leur résister, s’évertuent à leur envoyer des « signaux » qui les incitent à réclamer davantage.

Est-­il possible de briser cette soumission ?

Oui, répond cet ouvrage, qui propose de porter plus loin les institutions qui sont nées des luttes pour le salaire, et dont nous faisons à grande échelle l’expérience de l’efficacité : la qualification personnelle et la cotisation.

La qualification personnelle peut faire disparaître le marché du travail, à condition d’attribuer à chacun, à sa majorité, une qualification et donc un salaire. Et contre les projets de remplacer la cotisation sociale par la CSG, la TVA ou les mutuelles, il faut au contraire l’étendre en créant une cotisation économique pour un financement de l’investissement sans crédit et donc sans dette.

L’enjeu du salaire, c’est la disparition du marché du travail, et donc du chantage à l’emploi, ainsi que la suppression du crédit lucratif, et donc du chantage à la dette.

Ce n’est ni d’une réforme fiscale ni d’une plus grande régulation étatique que nous avons besoin, mais de plus de pouvoir populaire sur l’économie et sur le travail.

Articles

Par Bernard Friot, dans le monde diplomatique de février 2012

Qui contrôle les moyens de production ? Que produit-on, et sur la base de quelle définition de la valeur ?

Questions décisives, mais absentes du débat public.

Quand les salariés ploient sous l’austérité, les poser apparaît presque comme un luxe. Le salaire porte cependant un enjeu qui dépasse celui de la feuille de paie. Il représente un outil de transformation sociale et d’émancipation dont la puissance est dissimulée par deux idées reçues.

La première suggère que le salaire servirait à satisfaire les besoins des travailleurs, comme en témoigne l’expression « prix de la force de travail ».

La seconde le présente comme la contrepartie de la productivité du travailleur, et donc comme le prix du produit de son travail.

Ainsi, tour à tour, ou en même temps, il se voit défini comme prix du travail et comme « revenu du travailleur ». Bref, le gagne-pain et la récompense de l’effort. Ces deux propositions conduisent à faire du salaire un « pouvoir d’achat ».

C’est évident pour la première : le salaire permettrait d’acheter de quoi continuer à travailler. C’est également vrai pour la seconde : si le salaire rémunère le produit du travail, celui qui le touche « a son compte ». Il n’a pas d’autres droits sur son travail que celui d’en tirer un revenu. Le salaire procure donc un pouvoir d’achat à la mesure du travail fourni…